On nous vend l’entrepreneuriat comme un monde passionnés, de personnes qui se serrent les coudes, qui partagent et qui s’entraident. Et c’est vrai en partie.
Mais après 17 ans d’entrepreneuriat, j’ai aussi vu l’autre côté. Celui dont on ne parle pas dans les podcasts inspirants, ni dans les posts linkedin qui récoltent des milliers de likes.
Alors aujourd’hui, je me lance. Sans nommer personne, sans régler de comptes. Juste dire pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
L’hypocrisie du “on se soutient entre entrepreneurs”
C’est le grand mensonge bienveillant de l’entrepreneuriat. Le discours de façade “on est tout dans le même bâteau”. L’entraide c’est notre force. Et pendant ce temps, certains te sourient en face et doublent dans le dos.
J’ai vu des gens recommander chaleureusement un prestataire en public et déconseiller la même personne en privé, par intérêt.
Des partenariats qui n’existaient que pour capter de la visibilité, sans aucune réciprocité réelle.
Des réseaux d’entrepreneurs qui ne sont que des façades où tout le monde se féliciter mutuellement sans jamais se renvoyer le moindre client.
Ce n’est pas de la méchanceté pure. C’est souvent de la peur. La peur de la concurrence, la peur de manquer, la peur que la réussite de l’autre empiète sur la sienne.
Ce que j’ai appris toutes ces dernières années : observer les actes, pas les discours. Quelqu’un qui te soutient vraiment, tu le vois dans ce qu’il fait pas dans ce qu’il dit.
Combien de fois, on m’a dit je vais te recommander que cela soit des amis proches, des membres de la famille voire même d’autres entrepreneurs mais qu’en fin de compte, tu te débrouilles toute seule.
Il y a un proverbe qui dit “on n’est mieux servi par toi-même”, il m’a fallu longtemps pour le comprendre mais il est tellement vrai.
L’irrespect qui se cache derrière “je suis occupe”
L’entrepreneuriat a créé une culture étrange où être débordé est devenu un statut social. Plus tu es occupé, plus tu as l’air important.
Et cette culture a produit un irrespect ordinaire que tout le monde a fini par normaliser.
Des rendez-vous annulés à la dernière minute sans explication. Des devis demandés en urgence puis ignorés sans même un retour.
Des échanges où l’on te sollicite, où tu prends du temps pour répondre sérieusement, préparer le rendez-vous et où tu n’obtiens jamais de réponse.
Cela paraît anodin. Mais derrière chaque devis ignoré, il y a du travail. Derrière chaque rendez-vous annulé sans prévenir, il y a du temps perdu. Et derrière cette culture, il y a souvent juste un manque de considération pour le temps des autres.
L’ego qui tue les collaborations
L’égo est peut-être le plus grand saboteur silencieux de l’entrepreneuriat. Pas l’égo au sens de confiance en soi, je parle de l’égo qui ne supporte pas que l’autre ait une bonne idée. De celui qui préfère que le projet échouep plutôt que de reconnaître qu’il avait tort. De celui qui transforme une réunion en démonstration de puissance.
J’ai vu des collaborations prometteuses s’effondrer parce que personne ne voulait céder un centimètre. Des associations paralysées par des guerres de territoires entre deux personnes qui voulaient toutes les deux avoir le dernier mot. Des entrepreneurs brillants rester seuls parce qu’ils ne supportaient pas qu’on leur fasse une remarque.
L’égo non maîtrisé est le contraire de la croissance. Il ferme les portes, rétrécit les réseaux et isole progressivement.
Ce que j’ai appris ces dernières années, les entrepreneurs qui durent vraiment, ceux qui construisent quelque chose de solide sur le long terme, sont presque toujours capables de dire “j’avais tort”, c’est une meilleure idée que la mienne “j’ai besoin d’aide”. L’humilité n’est pas une faiblesse, c’est une stratégie.
Et moi là-dedans ?
Je ne suis pas là pour donner des leçons. Je suis pas parfaite mais j’ai appris à me remettre en question, à m’éloigner de ce qui me dérange.
En 17 ans, j’ai moi aussi commis des erreurs. Garder le silence quand j’aurais dû parler.
Accepter des situations qui ne me respectaient pas parce que je voulais garder la relation.
J’ai mis du temps à comprendre que dire non à ce qui ne me convient pas, c’est aussi une forme de respect envers moi et envers l’autre.
Ce que l’entrepreneuriat m’a appris, c’est que les valeurs ne sont pas des mots qu’on met sur son site. Ce sont des comportements qu’on adopte même quand c’est inconfortable. Même quand cela coûte un client. Même quand personne ne regarde.
En conclusion, l’entrepreneuriat est un chemin exigeant. Il révèle le meilleur comme le moins bon de chacun. Et c’est justement pour cela qu’il vaut la peine d’en parler honnêtement sans idéaliser, sans noircir non plus.

